Jardin-foret & permaculture
« Composer avec la terre plutôt que lui commander »
Aux Jardins d’Amphipolis, nous n’avons pas voulu créer un “lieu proche de l’imaginaire” d’un côté et un “potager productif” de l’autre.
Nous avons choisi de laisser se dessiner, peu à peu, un jardin-forêt, guidé par les principes de la permaculture : un lieu où l’on ne cultive pas seulement des légumes, mais des relations entre plantes, animaux, eau, sol et humains.
Ici, la terre n’est pas sommée de produire ; elle est accompagnée pour retrouver sa vigueur, son humus, sa mémoire.
Un jardin-forêt en devenir
Le jardin-forêt des Jardins d’Amphipolis est encore jeune, comme un livre dont on a à peine écrit les premiers chapitres.
On y trouve déjà :
- des arbres en devenir qui seront un jour ombre, fruits, abri pour les oiseaux ;
- des arbustes qui formeront des haies nourricières et protectrices ;
- des plantes vivaces, des fleurs, des couvre-sols qui veillent sur la terre et la gardent fraîche ;
- des espaces plus ouverts, où le potager a sa place, mais jamais seul, toujours entouré de compagnes végétales.
L’idée n’est pas de domestiquer l’ensemble, mais de converser avec le paysage : laisser certaines plantes s’inviter, observer ce qui prospère, ajuster le geste plutôt que forcer la main.
Un jardin-forêt se construit sur plusieurs années, parfois plusieurs décennies ; nous avons simplement choisi d’entrer en humilité dans ce temps long.
La permaculture comme art d’habiter le lieu
La permaculture, pour nous, n’est ni un label, ni un mot à la mode : c’est une manière d’habiter un endroit en tenant compte de tout ce qui y vit déjà.
Cela suppose :
- d’apprendre à lire le sol : ses forces, ses fatigues, ses besoins de couvert, de repos, de matière organique ;
- de regarder l’eau : par où elle arrive, où elle s’enfuit, où elle pourrait s’attarder sans raviner ;
- de tenir compte des vents dominants, de la course du soleil, des ombres futures des arbres que l’on plante aujourd’hui ;
- de penser l’humain à sa juste place : ni maître absolu, ni intrus de passage, mais partenaire.
Les baissières, les courbes discrètes du terrain, les haies et les tas de bois que l’on laisse en bordure ne sont pas des fantaisies : ce sont des remèdes pour un sol trop sec, trop lessivé, trop abandonné.
Chaque aménagement cherche à faire en sorte que l’eau, au lieu de s’enfuir, ralentisse, s’infiltre et nourrisse.
Un paysage de sobriété et d’abondance
Nous aimons l’idée que l’on peut être à la fois sobres dans les moyens et abondants dans les récoltes — pas seulement en kilos de légumes, mais en diversité, en beauté, en rencontres.
Le jardin-forêt et le potager du Chapelier Fou sont tissés de :
- matériaux de récupération,
- structures simples faites de bois, de corde, de pierre,
- plantes choisies pour leur résilience autant que pour leur qualité gustative, médicinale ou mellifère.
Nous préférons une allée un peu de travers mais vivante, à un alignement parfait et stérile.
Une bordure d’orties, de ronces et de fleurs sauvages nous paraît parfois plus riche qu’un massif “bien tenu” où plus rien ne trouve à se cacher.
Un lieu d’apprentissage mutuel
Ce jardin-forêt est aussi un terrain d’essai : certaines idées prennent racine, d’autres non.
Nous l’acceptons avec simplicité : la permaculture n’est pas une science exacte, mais une conversation continue entre ce que nous croyons savoir et ce que le lieu nous renvoie.
Ici, les enfants apprennent que :
- une graine ne devient pas légume en un clin d’œil ;
- les feuilles mortes ne sont pas des déchets, mais de la nourriture pour le sol ;
- une “mauvaise herbe” est souvent une plante pionnière qui raconte quelque chose de la terre ;
- un arbre planté aujourd’hui donnera surtout à celles et ceux qui viendront après.
Les adultes, eux aussi, y trouvent matière à désapprendre certaines habitudes, à retrouver des gestes lents, à regarder pousser ce qu’ils n’ont pas totalement décidé.
Venir découvrir le jardin-forêt
Les Jardins d’Amphipolis ne se visitent pas comme un parc d’exposition.
On y vient pour prendre le temps : marcher, sentir, poser des questions, observer comment l’eau circule, comment les plantes se répondent, comment le lieu change d’une saison à l’autre.
Certains ateliers des Tournesols (jardin-forêt, hydrologie régénérative, jardins de pluie…) prennent appui directement sur ce paysage en devenir.
Ils ne promettent pas de recettes toutes faites, mais une manière de regarder son propre terrain, balcon ou quartier avec un autre regard : plus attentif, plus patient, plus complice.